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A l'école de Thomas Merton:

La foi

Nous formons tous un seul homme

Semences de contemplation

Le détachement

Humilité contre désespoir

La liberté dans l'obéissance

La vie dans le Christ

La prière mentale

Le renoncement

Voyage à travers le désert

Le partage des fruits de la contemplation

La vie spirituelle

Général:

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La voie de la contemplation est d’une obscurité si dense qu’elle n’est même plus tragique. Il n’y subsiste plus rien d’héroïque, ou même d’étrange, à percevoir ou à chérir. Aussi le contemplatif attache-t-il une importance suprême à la routine quotidienne de travail, de pauvreté, d’épreuves et de monotonie qui caractérise la vie de tous les pauvres, de tous les médiocres et de tous les délaissés de ce monde.

Le Christ, qui est venu sur terre pour former des contemplatifs et pour enseigner aux hommes la voie de la sainteté et de la prière, aurait pu facilement s’entourer d’ascètes qui seraient morts de faim et auraient terrorisé les gens par leurs mystérieuses extases. Or ses Apôtres étaient des artisans, des pêcheurs, des publicains qui s’étaient fait remarquer seulement par leur indifférence envers les dévotions compliquées, les pratiques extérieures et les tours de force moraux de ceux qui faisaient profession de sainteté.

L’ascétisme le plus sûr est l’amère insécurité, le labeur, le néant des vrais pauvres. Dépendre entièrement des autres. Etre ignoré, méprisé, oublié. Ne pas connaître la respectabilité ou le confort. Recevoir des ordres, et travailler péniblement pour peu d’argent ou pour rien : c’est une rude école, que la plupart des gens pieux évitent de leur mieux.

Ils ne sont d’ailleurs pas tout à fait répréhensibles. La misère, le dénuement seuls ne mènent pas à l’union contemplative. Je ne prétends certes pas qu’il faille, pour être un saint, vivre dans un taudis, ou qu’un monastère contemplatif doive aligner son existence sur celle qu’on mène dans les logements ouvriers. Ce ne sont ni la saleté ni la faim qui font les saints, pas même la pauvreté, mais l’amour de la pauvreté et l’amour des pauvres.

Il est vrai, d’ailleurs, qu’une certaine sécurité économique est moralement nécessaire à ce minimum de stabilité sans laquelle on peut difficilement s’adonner à une vie de prière.

Mais cela ne signifie nullement le confort, la satisfaction de tous les besoins matériels et psychologiques, et un niveau de vie élevé.

Thomas Merton, Semences de contemplation (extraits)
Traduction par Marie Tradié, Editions du Seuil (1963) p.186-187