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Sermon pour la Nativité de la Vierge Marie

1. Le ciel jouit de la présence de la Vierge féconde, la terre en vénère le souvenir. Là-haut se trouvent tous les biens, ici-bas n’en subsiste que le souvenir ; au ciel la plénitude, sur la terre à peine un avant-goût des prémices ; là-haut la réalité, ici-bas le nom seulement. « Seigneur, dit le Prophète, ton nom est éternel et la mémoire de ton nom passe de race en race (Ps 134, 13) ; » de race en race d’hommes sans doute, non point d’anges. Veux-tu te convaincre que son nom et son souvenir seul est en nous, et que sa présence est pour les cieux ? Le Sauveur dit : « Voici comment vous prierez : Notre Père qui es dans les cieux, que ton nom soit sanctifié (Mt 6, 9). » Voilà une prière digne d’un fidèle, son début nous rappelle, en même temps, notre adoption de Dieu et notre pèlerinage sur la terre ; afin que nous sachions bien que, tant que nous ne sommes point au ciel, nous sommes en exil loin de Dieu, et que nous gémissons au-dedans de nous-mêmes, en attendant l’effet de l’adoption des enfants, je veux dire le bonheur de jouir de la présence de notre Père (Rm 8, 23). C’est donc particulièrement du Christ que parle le Prophète quand il dit : « L’esprit, le Christ Notre Seigneur est devant notre face ; c’est à son ombre que nous vivrons parmi les nations » car, au sein de la béatitude de cieux, ce n’est point à son ombre, mais à sa splendeur que l’on vit, selon le mot de l’Apôtre : « C’est au milieu de la splendeur des saints que je vous ai engendré aujourd’hui de mon propre sein (Ps 109, 3). » Tel est le langage que tient son Père.

2. Mais sa mère ne l’a point enfanté au sein de la splendeur, elle l’a enfanté à l’ombre, mais à l’ombre dont la couvrit le Très-Haut […]

6. Ô homme, considère le dessein de Dieu, reconnais le dessein de sa sagesse, le dessein de sa bonté. Avant de répandre la rosée du ciel sur la terre, il la fait tomber tout entière sur la toiture ; avant de racheter le genre humain, il en dépose tout le prix en Marie […]

7. C’est donc du plus intime de nos cœurs, du fond même de nos entrailles et de tous nos vœux que nous devons honorer la vierge Marie, c’est la volonté de celui qui a voulu que tout nous vint par Marie. Oui, c’est ce qu’il a voulu, mais il ne l’a voulu que pour nous, car en toutes choses et de mille manières, elle pourvoit à nos misères, elle nous console dans nos appréhensions, elle excite notre foi, fortifie notre espérance, chasse le désespoir et relève notre courage. Tu crains de t’approcher du père ; effrayé au seul son de sa voix, tu vas te cacher sous les feuilles : il t’a donné Jésus pour médiateur. Qu’est-ce qu’un tel fils n’obtiendra point d’un tel père ? Il sera donc exaucé, eu égard à la déférence dont il est digne, car le Père aime son Fils. Est-ce que tu crains aussi de vous présenter devant le Fils ? Il est ton frère, il est de ton sang, il a passé par toutes tes épreuves, sauf celle du péché, pour apprendre à devenir miséricordieux. C’est Marie qui te l’a donné pour frère. Mais peut-être est-ce sa majesté divine que tu redoutes en lui, attendu que, pour s’être fait homme, il n’en est pas moins demeuré Dieu. Tu veux avoir un avocat auprès de lui, va à Marie ; en elle, il n’y a rien que l’humanité toute pure, non seulement toute pure de toute souillure, mais toute pure de tout mélange d’une autre nature. Or, je n’hésite point à le dire, elle aussi sera exaucée à cause de la considération dont elle est digne. Oui, le fils exaucera sa mère, et le Père exaucera son Fils. Mes petits enfants, voilà l’échelle des pécheurs, là est ma plus grande confiance, là se trouve toute la raison de nos espérances. Et quoi, en effet, ce Fils peut-il faire entendre ou essuyer lui-même un refus ? Peut-il se montrer sourd ou ne se point faire écouter. Non, non mille fois. « Tu as trouvé grâce devant Dieu (Lc 1, 30) », dit l’ange ; et c’est un bonheur. Toujours elle trouvera grâce, et nous n’avons besoin que de la grâce. Notre Vierge prudente ne demandait point la sagesse comme Salomon, elle ne cherchait ni les richesses ni les honneurs, ni la puissance, elle ne cherchait que la grâce, car il n’y a que la grâce qui nous sauve.

8. Pourquoi désirons-nous autre chose, mes frères ? Cherchons la grâce, mais cherchons-la par Marie, attendu qu’elle trouve ce qu’elle cherche, et qu’elle ne peut être frustrée dans ses désirs. Oui, cherchons la grâce, mais la grâce auprès de Dieu, car la grâce qui n’existe qu’aux yeux des hommes est trompeuse. Que d’autres recherchent le mérite, pour nous, mettons tous nos soins à trouver la grâce. Eh quoi, en effet, n’est-ce pas à la grâce que nous devons d’être ici ? On ne saurait douter que c’est un effet de la miséricorde de Dieu que nous n’ayons point été consumés. Mais de qui parlé-je ainsi ? De nous qui sommes parjures, adultères, homicides et ravisseurs ; de nous, enfin, vrais rebuts du monde. Rentrez dans vos consciences, mes frères, et reconnaissez que la grâce a surabondé là où l’iniquité a été abondante. Marie n’a point mis en avant son mérite, mais elle a cherché la grâce. En un mot, elle mit tellement sa confiance dans la grâce, elle eut si peu une haute estime d’elle-même, qu’elle se montra effrayée du salut qu’un ange lui adressa. En effet, l’Évangéliste nous dit : « Marie songeait quelle pouvait être cette salutation. » Elle se regardait comme indigne d’être saluée par un ange, et peut-être se disait-elle en elle-même : D’où me vient cet honneur, qu’un ange du Seigneur vienne à moi ? Ô Marie, ne crains rien, ne sois point étonnée de la visite de cet ange, car il en est un plus grand que lui qui vient aussi à toi. Après tout, pourquoi ne recevrais-tu pas la visite d’un ange, puisque tu mènes la vie des anges ? Pourquoi un des anges ne rendrait-il point visite à celle qui partage leur genre de vie ? Pourquoi ne saluerait-il point une concitoyenne des saints, une domestique de Dieu ? La virginité n’est point autre chose que la vie des anges, car ceux qui n’ont ni femmes, ni maris, seront comme les anges de Dieu.
[…]
10. « Comment cela se fera-t-il, dit-elle, car je ne connais point d’homme ? (Lc 1, 34) » Non seulement cette femme, sainte de corps et d’esprit, avait conservé sa chair vierge, mais elle avait formé le dessein de la conserver toujours ainsi. L’ange, en lui répondant : « Le Saint-Esprit surviendra en toi, et la vertu du Très-Haut te couvrira de son ombre », semble dire : Ne m’interroge point sur ce sujet, il est trop au-dessus de moi, et je ne saurais te répondre. L’Esprit Saint, non point un esprit angélique, surviendra sur toi, et la vertu du Très-Haut te couvrira de son ombre, ce n’est pas moi qui ferai cela. Ne t’arrête point parmi les anges. Vierge sainte, la terre altérée de soif attend de toi, pour se désaltérer, une eau qui vienne de plus haut ; à peine les auras-tu dépassés que ton âme trouvera son bien aimé ; si je dis : Tu les auras à peine dépassés, que tu le trouveras, ce n’est pas que ton Bien-aimé ne soit à une hauteur infinie au-dessus d’eux, mais c’est parce que tu ne trouveras plus aucun être entre eux et lui. Passe donc les vertus, les dominations, les chérubins même et les séraphins, et tu arriveras ensuite à Celui dont ils parlent quand ils se disent les uns aux autres : « Saint, saint, saint est le Seigneur Dieu de Sabaoth (Is 6, 3). Le fruit saint qui doit naître de toi sera appelé le Fils de Dieu (Lc 1, 35). » C’est la fontaine de sagesse, le verbe du Père, au plus haut des cieux. Par toi ce Verbe se fera chair, et Celui qui dit : « Je suis en mon Père, et mon Père est en moi (Jn 14, 10) » dira aussi : « Je suis sorti de Dieu et je viens de lui. Dans le principe, est-il dit, le Verbe était (Jn 1, 1). » Dès lors, la source avait jailli, mais, jusqu’à présent, elle n’a jailli qu’en elle-même. Enfin « le Verbe était en Dieu », où il habitait une lumière inaccessible, et le Seigneur disait depuis le commencement : « Les pensées que j’ai sont des pensées de paix, non point des pensées d’affliction (Jr 29, 11). » Mais ta pensée est en toi, et nous ne la connaissons point. Qui connaissait, en effet, la pensée de Dieu, et qui était son conseiller ? La pensée de paix est donc descendue dans une œuvre de paix ; le Verbe s’est fait chair et il habite parmi nous. Oui, il habite, en effet, par la foi, dans nos cœurs, il habite dans notre mémoire, il habite dans notre pensée, il est même descendu jusque dans notre imagination. En effet, quelle idée l’homme se faisait-il de Dieu auparavant ? Ne se le représentait-il point dans son cœur sous la forme d’une idole ?

11. Il était incompréhensible et inaccessible, invisible et tout à fait insaisissable à la pensée ; mais maintenant il a voulu être saisi, vu et pensé. Comment cela, me direz-vous ? On le verra placé dans une crèche, couché sur le sein d’une vierge, prêchant sur une montagne, passant des nuits en prière, attaché à la croix, dans les pâleurs de la mort, entre les morts, et commandant aux enfers, puis ressuscitant le troisième jour, montrant à ses apôtres les marques de ses clous, en signe de sa victoire, et enfin s’élevant, devant eux, au plus haut des cieux. Auquel de ces faits ne peut-on penser avec vérité, avec piété, avec sainteté même ? Toutes les fois que je songe à l’un d’eux, c’est à Dieu que je songe, et, dans tous ces faits, il est toujours mon Dieu. […]

12. Considérez donc comment elle s’est élevée jusques aux anges par la plénitude de la grâce, et par-delà les anges, par la plénitude du Saint-Esprit qui est survenu en elle. On trouve dans les anges charité, pureté, humilité. Laquelle de ces vertus a fait défaut en Marie ? D’ailleurs, je vous en ai parlé tout à l’heure du mieux que j’ai pu ; élevons-nous maintenant jusqu’à sa suréminence. Or, à qui, parmi les anges, a-t-il jamais été dit : « L’Esprit Saint surviendra sur toi, et la vertu du Très-Haut te couvrira. Voilà pourquoi le fruit saint qui naîtra de toi sera appelé le Fils de Dieu ? » Après tout, c’est de la terre, non des anges, que la vérité est née ; elle n’a pas fait choix des anges, mais de la race d’Abraham. La grandeur de l’ange, c’est d’être le serviteur du Seigneur ; Marie a obtenu quelque chose de bien plus élevé, elle a mérité d’être sa mère. La fécondité de la Vierge fait, donc toute la suréminente de sa gloire, et, par ce privilège unique, elle s’est trouvée placée bien plus haut que les anges, d’autant plus haut qu’elle a reçu un nom bien préférable à celui de simples ministres, dans le nom de mère. Voilà la grâce qu’a trouvée celle qui est déjà pleine de grâce, elle a eu le bonheur dans sa fervente charité, dans sa virginité, et dans sa pieuse humilité, de devenir mère sans connaître l’homme, et mère sans connaître les douleurs de l’enfantement, C’est peu encore, le fruit qui est né d’elle est appelé saint, et est le Fils de Dieu (Lc 1, 35).

13. Après cela, mes frères, nous devons particulièrement veiller à ce que le Verbe de Dieu, qui est sorti de la bouche de son père pour venir à nous, par le moyen de la Vierge, ne s’en retourne point vide, et que, par l’intercession de la même Vierge, nous rendions grâce pour grâce. […]

Sermon pour la Nativité de la Vierge Marie (extraits)
Cf. Saint Bernard, Œuvres complètes, trad. Abbé Charpentier, t. 3, Paris, Vivès, 1867, p. 402-403, 405-409.
cf. Saint Bernard, Sermons pour l’année, Brepols/Les Presses de Taizé, 1990, p. 699-700 ; 703-708.

1er sermon pour l'Assomption

En montant aujourd’hui dans les cieux, la glorieuse Vierge a certainement porté à son comble la joie des citoyens du ciel. C’est elle dont la voix fit tressaillir de joie, dans les entrailles d’une mère qu’elle a saluée, l’enfant qui y était encore enfermé. Si l’âme d’un enfant qui n’était pas encore né s’est ainsi fondue de bonheur à sa voix, que penser de l’allégresse des esprits célestes quand ils eurent le bonheur d’entendre non seulement sa voix, mais de contempler son visage et de jouir de sa bienheureuse présence ? Mais pour nous, très chers, quelle réjouissance suscite son assomption, quels motifs de joie et de bonheur n’y a-t-il point dans son assomption ? La présence de Marie éclaire le monde entier, au point que les cieux eux-mêmes brillent d’un plus vif éclat à la lumière de cette lampe virginale. C’est donc avec raison que les actions de grâce et les chants de gloire retentissent dans les cieux. Mais il semble que nous avons plus de motifs de gémir que d’applaudir. En effet, ce monde inférieur ne doit-il pas proportionner son deuil, quand elle le quitte, à l’allégresse même que sa présence répand dans les cieux ? Pourtant, trêve de plaintes chez nous, car, après tout, nous n’avons point ici une cité permanente, nous aspirons à celle où Marie fait aujourd’hui son entrée ; si nous devons un jour en être citoyens, il est juste que, même dans notre exil et jusque sur les bords des fleuves de Babylone, nous l’ayons présente à la pensée, nous participions à ses joies, nous partagions son allégresse, surtout à celle qui remplit si bien aujourd’hui même, comme un torrent, cette cité de Dieu, que, même ici-bas, nous en recevons quelques gouttes qui tombent jusque sur la terre. Notre Reine nous a précédés, et le glorieux accueil qui lui est fait doit nous engager à suivre Notre Dame, nous ses humbles serviteurs, en nous écriant : « Attire-nous à ta suite, nous courrons dans l’odeur de tes parfums » (Ct 1, 3). Notre exil a envoyé en avant une avocate qui, en sa qualité de mère de notre Juge, de mère de la miséricorde, doit traiter en suppliante, mais en suppliante écoutée, l’affaire de notre salut.

Aujourd’hui notre terre a envoyé au ciel un présent de valeur, pour rapprocher, par cet heureux échange de présents d’amitié, les hommes de Dieu, la terre des cieux, notre bassesse de l’élévation suprême. Un fruit sublime de la terre s’est élevé là d’où nous viennent tous dons excellents, tous dons parfaits. Une fois montée dans les cieux, la bienheureuse Vierge comblera à son tour les hommes de ses dons. Pourquoi n’en serait-il pas ainsi ? Car le pouvoir ne lui manquera pas plus que la volonté. Elle est la Reine des cieux, et une Reine de miséricorde, et de plus elle est la Mère du Fils unique de Dieu. Est-il rien qui puisse nous faire concevoir une plus haute estime de son pouvoir et de sa bonté ? À moins qu’on ne croie pas que le Fils de Dieu honore sa mère, ou qu’on doute que les entrailles de Marie, où la charité même de Dieu a passé corporellement neuf mois entiers, se soient remplies de sentiments de charité.

Si je parle de la sorte, mes frères, c’est pour nous que je le fais. Je n’ignore pas combien il est difficile que, dans un si grand dénuement, on puisse trouver cette charité parfaite qui ne cherche point son intérêt (1 Co 13, 5). Mais, sans parler des grâces que nous recevons pour sa glorification, si nous aimons Marie, nous nous réjouirons de la voir retourner à son Fils. Oui, je le dis, nous la féliciterons, à moins pourtant qu’il ne nous arrive, ce qu’à Dieu ne plaise, d’être tout à fait ingrats envers celle qui a trouvé la grâce. Car elle est aujourd’hui reçue dans la cité sainte par celui qu’elle a reçu elle-même la première lorsqu’il fit son entrée dans le monde, mais avec quel honneur, avec quelle allégresse et quelle gloire ! Sur la terre, il n’est pas un seul endroit plus honorable que le temple du sein virginal où Marie reçut le Fils de Dieu, et, dans le ciel, il n’est pas de trône supérieur à celui sur lequel le Fils de Dieu a placé sa mère. Recevant ou reçue, elle est également bienheureuse, elle l’est dans les deux cas d’un bonheur ineffable parce qu’elle l’est d’un bonheur inimaginable. Mais pourquoi lit-on aujourd’hui, dans l’Église du Christ, précisément le passage où il est donné à comprendre que la femme bénie entre les femmes a accueilli le Sauveur ? C’est, je pense, pour nous faire estimer ou plutôt pour nous faire comprendre l’inestimable grandeur de cet autre accueil que Marie reçoit aujourd’hui de son Fils, et que nous célébrons. En effet, même en recourant aux langues des hommes et des anges, qui pourrait expliquer comment le Saint-Esprit survenant, la vertu du Très-Haut la prenant sous son ombre, le Verbe de Dieu par qui tout a été fait s’est lui-même fait chair, comment enfin le Seigneur de majesté, que l’univers entier ne peut contenir, devenu homme, s’est enfermé dans les entrailles d’une Vierge ?

Mais qui pourra se faire une juste idée de la gloire au sein de laquelle la reine du monde s’est avancée aujourd’hui, de l’empressement plein d’amour avec lequel toute la multitude des légions célestes s’est portée à sa rencontre ; imaginer au milieu de quels cantiques de gloire elle a été conduite à son trône, avec quel visage paisible, quel air serein, et quels joyeux embrassements, elle a été accueillie par son Fils, élevée par lui au-dessus de toutes les créatures avec tout l’honneur dont une telle mère est digne, et avec toute la pompe et l’éclat qui conviennent à un tel Fils ? Sans doute, les baisers que la Vierge mère recevait des lèvres de Jésus à la mamelle, quand elle lui souriait sur son sein virginal, étaient pleins de bonheur pour elle, mais je ne crois pas qu’ils l’aient été plus que ceux qu’elle reçoit aujourd’hui du même Jésus assis sur le trône de son Père, en cet heureux moment où il salue son arrivée, alors qu’elle monte à son trône de gloire, en chantant un poème et en disant : « Qu’il me baise d’un baiser de sa bouche » (Ct 1,1). Qui pourra raconter la génération du Christ et l’Assomption de Marie ? Elle se trouve dans les cieux, comblée d’une gloire d’autant plus singulière que, sur la terre, elle a obtenu une grâce plus grande que toutes les autres femmes. Si l’œil n’a point vu, si l’oreille n’a point entendu, si le cœur de l’homme n’a point connu dans ses aspirations ce que le Seigneur a préparé pour ceux qui l’aiment (1 Co 2, 1), qui pourrait dire ce qu’il a préparé pour celle qui l’a enfanté, et, ce dont personne ne peut douter, qui l’aime plus que tous les hommes ? Heureuse est Marie, mille fois heureuse est-elle, soit quand elle reçoit le Sauveur, soit quand elle est elle-même reçue par lui ; dans l’un et l’autre cas, la dignité de la Vierge Marie est admirable, et la faveur dont la majesté divine l’honore est digne de nos louanges. « Jésus entra dans une bourgade, nous dit l’Évangéliste, et une femme l’y reçut dans sa maison » (Lc 10, 38). Mais laissons plutôt la place aux cantiques de louanges, car ce jour doit être consacré tout entier à des chants de fête. Toutefois, comme le passage que je viens de vous citer, nous offre une ample matière à discourir, demain, lorsque nous nous réunirons de nouveau, je vous ferai part, sans rien m’en réserver par jalousie, de ce que le ciel m’aura inspiré pour vous le dire. Ainsi, en mémoire de cette si grande Vierge, non seulement l’élan de notre empressement sera attisé, mais encore toute notre manière de vivre s’édifiera en vue de notre progrès dans la pratique de notre profession, pour l’honneur et la gloire de son Fils, Notre Seigneur, qui est Dieu béni au-dessus tout dans les siècles (Rm 9, 5).

Assomption de la Vierge Marie, Sermon ICf. Saint Bernard, Œuvres complètes, trad. Abbé Charpentier, t. 3, Paris, Vivès, 1867, p. 376-378.cf. Saint Bernard, Sermons pour l’année, Brepols/Les Presses de Taizé, 1990, p. 646-649.

Qui que tu sois

Et le nom de la Vierge était Marie.

Ô qui que tu sois qui te vois dans les fluctuations de ce monde, balloté au milieu des bourrasques et des tempêtes plutôt que de marcher sur la terre ferme, ne détourne pas les yeux de l’éclat de cet astre si tu ne veux pas être submergé par les flots.

Si se lèvent les vents des tentations, si tu cours aux écueils des épreuves, regarde l’étoile, appelle Marie.

Si tu es secoué par les vagues de l’orgueil, ou de l’ambition, ou de la détractation, ou de la jalousie, regarde vers l’étoile, appelle Marie.

Si la colère ou l’avarice, ou les attraits de la chair ébranlent la nacelle de ton âme, regarde vers Marie.

Si, troublé par l’énormité de tes fautes, accablé par la souillure de ta conscience, épouvanté par l’horreur du jugement, tu commences à sombrer dans le gouffre de la tristesse, dans l’abîme du désespoir, pense à Marie.

Dans les dangers, dans les angoisses, les doutes, pense à Marie, invoque Marie.

Qu’elle ne quitte pas ta bouche, qu’elle ne quitte pas ton cœur, et pour obtenir le secours de sa prière ne t’écarte pas de l’exemple de sa vie.

En la suivant, impossible de t’égarer, en la priant de te décourager, en pensant à elle, d’errer.

Ta mains dans la sienne pas de chute, sous sa protection pas de crainte, sous sa conduite pas de fatigue, avec son appui tu touches au but. Et ainsi, en toi-même tu expérimenteras combien est juste cette parole : et le nom de la Vierge était Marie.

Saint Bernard, Sermon sur la Vierge 2,17