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Mes frères, je trouve une grande consolation dans ces paroles du Seigneur : « Celui qui est enfant de Dieu, écoute la parole de Dieu » (Jn 8, 47). C'est donc pour cela que vous l'écoutez si volontiers, c'est parce que vous êtes des enfants de Dieu.

[…] Qui peut dire : moi, je suis du nombre des élus, je compte parmi les prédestinés à la gloire éternelle ; je suis un des enfants de Dieu ? Oui, je le demande, qui est-ce qui peut parler de la sorte, surtout quand on entend l'Écriture protester en ces termes : « Personne ne sait s'il est digne d'amour ou de haine » (Qo 9, 1). Il est certain que nous ne sommes point assurés de notre salut ; mais l'espérance, qui s'appuie sur la foi, nous console et empêche que nous ne soyons torturés par l'inquiétude et le doute, à ce sujet. Aussi, nous a-t-il été donné des indices et des signes si manifestes de salut, qu'il n'est pas permis de douter que ceux en qui ils se rencontrent ne soient du nombre des élus. Oui, c'est pour cela que ceux qu'il a connus dans sa prescience, Dieu les a aussi prédestinés pour devenir conformes à l'image de son Fils, de sorte que, ceux à qui il refuse la certitude à cause de sa sollicitude pour eux, il accorde la confiance en leur donnant la consolation. Aussi, voilà pourquoi nous devons toujours être inquiets et nous humilier avec crainte et tremblement sous la main puissante de Dieu ; car si nous pouvons savoir, en partie du moins, ce que nous sommes maintenant, il nous est impossible de prévoir ce que nous serons un jour. Que celui donc qui est debout prenne toujours garde de tomber, et qu'il s'efforce de persévérer, et même de s'affermir par de nouveaux progrès dans le genre de vie qui est un indice et une preuve de prédestination. […]

Aujourd'hui, mes frères, nous célébrons le commencement de la Septuagésime, dont le nom est assez connu dans l'Église entière. […] Quand serons-nous libérés de notre servitude ? Quand Jérusalem, cité sainte, sera-t-elle restaurée ? Ce sera sans doute à la fin de cette septuagésime, qui se compose d’une dizaine multipliée par sept, en raison des dix commandements et des sept obstacles qui freinent notre marche dans l’obéissance à ces commandements.

Le premier obstacle que nous rencontrons et qui absorbe une partie de notre temps, ce sont les nécessités de ce misérable corps ; qui doute, en effet, que nous soyons fréquemment détournés des exercices spirituels, par le besoin de prendre du sommeil, de la nourriture, des vêtements et le reste ? En second lieu, nous sommes encore retenus par les vices de l'âme, tels que la légèreté, les soupçons, les mouvements d'impatience et d'envie, le désir d’être loué et le reste, que nous éprouvons tous les jours en nous. Le troisième et le quatrième obstacle consistent dans les prospérités et dans les adversités de ce monde. Car, de même que le corps, parce qu'il est corruptible, appesantit l'âme, ainsi notre habitation terrestre pèse, sur un esprit qui songe à mille choses à la fois (Sag 9, 15). Prenez donc doublement garde de tomber dans les filets de la tentation, et cherchez les armes de la justice, pour la repousser, à droite et à gauche. Le cinquième, le plus grave et le plus redoutable obstacle, se trouve dans l'ignorance. En mille circonstances, en effet, nous ne savons point ce que nous devons faire, si bien que nous ignorons même ce que nous devons demander à Dieu dans la prière, pour le prier comme on doit le faire (Rm. 8, 26). Le sixième obstacle est la présence de notre ennemi, qui tourne autour de nous comme un lion rugissant, cherchant qui il pourra dévorer (1 P 6, 8). Plût au ciel que nous en fussions quittes pour ces six obstacles à surmonter, et que le septième ne nous atteignit point, et que nous n'eussions aucun péril à redouter des faux frères. Oui, plût à Dieu que nous n'eussions à essuyer d'assaut, que des esprits malins avec leurs suggestions, et que les hommes ne pussent nous nuire par leurs pernicieux exemples, par leurs conseils importuns, par leurs paroles flatteuses ou médisantes, et de mille autres manières encore. Vous voyez combien il nous est nécessaire, pour triompher de ces sept obstacles qui s'opposent à notre marche, que nous soyons aidés des sept dons du Saint-Esprit. C'est donc à cause de ces sept obstacles, qui nous retardent dans l’observance du Décalogue, que nous passons le temps dans les larmes de la pénitence, le temps de la Septuagésime, pendant lequel nous cessons de chanter le solennel Alléluia, et nous reprenons, dès le commencement, la lamentable histoire de la chute de l'homme.

Sermon Ier pour le dimanche de le Septuagésime (extraits)
Saint Bernard, Œuvres complètes, trad. Abbé Charpentier, t. 3, Paris, Vivès, 1867, 1990, p. 85-89
cf. Saint Bernard, Sermons pour l’année, Brepols/Les Presses de Taizé, 1990, p. 237-241.