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« Dans la foi et la douceur, Dieu en fit un saint. » Ces paroles ont été écrites de Moïse, mais aujourd'hui, ce n'est pas mal à propos, je pense, qu'on les applique au bienheureux Benoît : s'il fut rempli de l'esprit de tous les saints, il participa surtout, croyons-le, et dans une large mesure, à l'esprit de Moïse.

Celui-là fut à la tête de ceux qui sortirent d'Égypte, celui-ci de ceux qui renoncent au siècle. Celui-là fut un législateur, celui-ci le fut aussi. Celui-là ministre de la Loi qui tue, celui-ci de l'esprit qui vivifie. Celui-là, guide des enfants d'Israël qu'il fit sortir d'Égypte, sans pourtant les introduire dans le repos promis ; notre guide sur la voie droite, le chemin de l'Orient, nous a précédés aujourd'hui au Royaume des cieux, comme porte-drapeau de l'armée des moines. Aussi ne paraîtra-t-il pas mal à propos d'appliquer à Benoît ce qui fut écrit de Moïse : « Dans la foi et la douceur, il en fit un saint. » D'autant que ce sont surtout ces deux vertus, la foi et la douceur, que nous apprend ce maître qui jamais ne vécut autrement qu'il enseigna.

Qu'y a-t-il, en effet, de plus éclatant que la foi de celui qui, encore adolescent, dédaigneux du monde qui lui souriait, foula aux pieds aussi bien le monde que sa chair, comme s'ils étaient déjà fanés bien qu'ils fussent en leur fleur ? Il désirait plutôt souffrir pour Dieu les maux de ce monde, que d'y jouir d'une réussite éphémère. Et quoi de plus saint que la douceur de notre Père, qui ne put être altérée par la méchanceté des faux frères qui en voulaient à sa vie, lui présentant du poison au lieu de vin ? L'Écriture dit bien de Moïse, qu'il fut le plus doux des hommes sur la terre ; ne dit-elle pas pourtant que son esprit s'emporta ? Ne rappelle-t-elle pas qu'il s'irrita, et s'irrita violemment contre ceux qui s'opposaient à lui ? Quant à la douceur de notre Maître, non seulement elle fut admirable envers les médisants, mais aussi envers les malfaisants ; je ne me rappelle pas qu'il fût pour lui question de colère.

C'est « dans la foi et la douceur » que vous aussi, frères, vous serez saints. Et votre douceur sera sans équivoque si la foi la précède ; du moins s’il s'agit d'une foi non pas menteuse, mais véritable, non pas morte, mais vive et vivante. Car le moyen de compter pour rien les biens temporels, c'est de fixer les yeux sur les biens éternels ; le moyen de mépriser facilement la puissance des hommes, c'est de craindre comme toujours menaçante la puissance de Dieu. Double attitude qui résulte de la seule foi. Celle-ci a les yeux si vifs et si pénétrants qu'elle porte avec acuité son regard sur les réalités à venir, tandis qu'elle fixe avec perspicacité sa vue sur les réalités présentes, quoique cachées. Éclairée, comme elle l'est, de l'Esprit éternel, la foi ne peut pâtir ni de la longueur du temps, ni de l'opacité des corps ; elle peut à la fois anticiper le temps et saisir d'avance l'avenir, dépasser les corps pour contempler le spirituel.

Veillez donc, frères, tenez-vous fermes dans la foi. Lorsque la foi nous provoque à la crainte, on ne peut s'endormir par négligence ; lorsque la foi nous enracine dans l'espérance, on ne peut chanceler par défiance. Mais faites toutes vos actions dans la charité, de sorte que la douceur se joigne à la foi et que l'on dise de chacun d'entre vous : « Dans sa foi et la douceur, le Seigneur en a fait un saint. »

Sermon 4 sur la Saint-Benoît, 1-3, 6 (extraits).
Cf. Guerric d’Igny, Sermons 2 (Sources chrétiennes, 202), Paris, 1973, p. 93-107.