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Les œuvres du Seigneur

Écoutons ces mots de l'Écriture : « Ses compassions sont au-dessus de toutes ses œuvres ». Je vois trois sortes d'œuvres de Dieu. Il y a celle de sa sagesse, celle de sa miséricorde et l'œuvre de sa justice. L'œuvre de sa sagesse, ce sont le ciel, la terre et tout ce qu'ils contiennent. L'œuvre de sa justice consiste à rendre à chacun selon ce qu'il a fait. Mais « ses compassions, est-il dit, sont au-dessus de toutes ses œuvres ». Ainsi donc, l'œuvre de sa miséricorde est tout spécialement son œuvre, son œuvre à lui, son œuvre propre, celle où apparaissent le mieux sa bonté, sa charité, sa tendresse.

Comme est son nom, ainsi est son œuvre. À quoi se rapporte son nom ? Vous connaissez ce nom, ce qu'il signifie, quelle est sa saveur, quel est son parfum. C'est une huile. « Ton nom est une huile répandue. » Pourquoi de l'huile ? Parce que son nom a la saveur de la charité, la saveur de la miséricorde. Que signifie, en effet, le doux nom de Jésus ? Notre salut, car Il est mon Dieu et mon Jésus, c'est-à-dire mon Sauveur, mon salut, et donc ma miséricorde.

Il avait accompli son œuvre de sagesse quand il a créé le monde. Mais il n'avait pas encore accompli son œuvre de miséricorde. Car l'œuvre de miséricorde s'adresse aux miséreux. Il avait également accompli l'œuvre de justice quand il avait expulsé du ciel le diable à cause de son orgueil, et quand il avait renvoyé du paradis l'être humain à cause de sa désobéissance. Ce qu'il a manifesté en ces œuvres, ce sont sa sagesse et sa puissance. Il a voulu faire voir aussi sa miséricorde, parce que « ses compassions sont au-dessus de toutes ses œuvres ». Voilà pourquoi l'œuvre de sa miséricorde est proprement appelée son œuvre à lui.


L’œuvre de miséricorde est proprement son œuvre

Mais comment faire cette œuvre sinon en sauvant les miséreux ? C'est la raison pour laquelle l'œuvre de notre salut est l'œuvre de sa miséricorde. C'est proprement son œuvre à lui. Qu'y a-t-il de plus approprié au Sauveur, c'est-à-dire à Jésus, que de sauver ? Mais que dit le prophète ? « Pour accomplir son œuvre, il a fait une œuvre étrangère. » Comme vous le savez, frères, notre Seigneur Jésus-Christ est Sagesse. Il est Force, il est Vie. Qu'est-ce qui est contraire et, pour ainsi dire, étranger à la sagesse ? Certainement la folie. Et qu'est-ce qui est contraire à la force ? La faiblesse évidemment. De même, rien n'est plus contraire à la mort que la vie.

Réfléchissez maintenant à la manière dont notre Seigneur a pris sur lui une œuvre qui lui était étrangère afin de pouvoir accomplir son œuvre propre, c'est-à-dire son œuvre de miséricorde. Lui qui était la Sagesse, il a voulu être comme fou ; lui qui était la Force, il a voulu être faible. C'est pourquoi l'Apôtre a dit : « Ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes, ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes. » « Pour accomplir son œuvre, il a fait une œuvre qui lui est étrangère »: le Pain a faim, la Source a soif, la Force est fatiguée, la Vie meurt. Comment donc accomplit-il son œuvre à lui par le moyen de cette œuvre étrangère ? Sa faim nous nourrit, sa soif nous enivre, sa fatigue nous revigore, sa mort nous vivifie. Nous sommes rassasiés spirituellement, enivrés, revigorés, vivifiés spirituellement : tout cela est l'œuvre de sa miséricorde. Il a accompli tout cela par le moyen d'une œuvre étrangère. La Sagesse fait cela par le moyen de la folie, comme le dit l'Apôtre : « Puisque le monde n'a pas reconnu Dieu par le moyen de la sagesse, il a plu à Dieu de sauver les croyants par la folie du message. » Ainsi donc, comme nous l'avons dit, la Sagesse a accompli son œuvre par le moyen de la folie, la Force l'a accomplie par le moyen de la faiblesse. Le Pain l'a accomplie en ayant faim, la Source en ayant soif, la Puissance en étant fatiguée. La Vie l'a accomplie par le moyen de la mort. « Pour accomplir son œuvre, il a fait une œuvre étrangère ; pour accomplir son œuvre, il a fait une œuvre qui est éloignée de lui. » Pour qu'il accomplisse l'œuvre de sa miséricorde, voici que l'œuvre de sa sagesse s'est éloignée de lui, ainsi que l'œuvre de sa justice.


L'œuvre de sa sagesse et l'œuvre de sa justice se sont éloignées de lui

Nous avons dit que l'œuvre de sa sagesse, ce sont les anges. Écoutez ce que le Seigneur a dit lui-même quand il fut arrêté par les juifs. Pierre voulut le défendre et frappa quelqu'un avec son glaive. Et le Seigneur lui dit : « Penses-tu que je ne puisse faire appel à mon Père qui me fournirait plus de douze légions d'anges ? » Il aurait pu avoir avec lui tous les anges qui auraient renversé ceux qui voulaient s'emparer de lui, mais il ne l'a pas voulu. Car pour pouvoir accomplir son œuvre à lui, cette œuvre merveilleuse qu'il avait projetée, il voulut que les anges eux-mêmes soient comme éloignés de lui et ne combattent pas contre ses ennemis. L'œuvre de sa sagesse, ce sont aussi les hommes. Écoutez ce qu'il a dit lui-même à Pilate : « Si mon royaume était de ce monde, mes gens auraient combattu pour que je ne sois pas livré aux juifs. » Il ne voulut avoir avec lui ni les anges ni les hommes ni aucune créature. Pour accomplir son œuvre à lui, son œuvre fut éloignée de lui. Voilà pourquoi il a dit : « J'ai foulé seul le pressoir. » Seul, dit-il. Oui, seul parce que son œuvre fut éloignée de lui. Les anges furent éloignés puisqu'ils furent absents. Les hommes furent éloignés puisqu'ils n'ont pas combattu. Le ciel fut éloigné puisqu'il n'a pas foudroyé ses ennemis. La terre fut éloignée puisqu'elle ne les a pas engloutis. La mer fut éloignée puisqu'elle ne les a pas submergés. L'œuvre de sa justice, elle aussi, fut éloignée de lui comme il l'a dit : « Moi, je ne juge personne. » Et ailleurs : « Dieu n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour condamner le monde. »


Le pain sans levain

« Pour accomplir son œuvre, il a fait une œuvre étrangère. » Pour accomplir l'œuvre de sa miséricorde, il a assumé le levain de notre mortalité, un levain certainement bien étranger à la pureté de sa divinité. Vint ensuite le moment où il voulut enlever de lui-même ce levain. Il eut recours au feu, c'est-à-dire à la passion. En sa passion, la totalité de ce levain, toute corruption et toute mortalité ont été détruites ; et aujourd'hui, le Pain azyme, le Pain tout pur, surgit de la terre. Vous voyez maintenant pourquoi il fut prescrit qu'après l'immolation de l'agneau, le pain dont se nourrissaient les juifs devait être sans levain. Avant la passion de l'Agneau qu'est notre Seigneur Jésus-Christ, la chair de notre Seigneur était sans aucun doute mortelle ; cette chair est notre aliment, notre pain, puisque nous le mangeons sous l'espèce du pain, comme vous le savez. Cette chair était donc mortelle : elle a pu avoir faim, avoir soif, être triste et mourir. Mais, après la passion, elle est ressuscitée immortelle, impassible, incorruptible. Ainsi donc, frères, célébrons la fête des Azymes. Mangeons ce pain sans levain. Notre pain, c'est le Corps de notre Seigneur. Il est sans levain car, comme dit l'Apôtre, « le Christ, ressuscité des morts, ne meurt plus ». Si nous voulons manger ce pain qui est sans levain, nous devons être sans levain, selon la recommandation de l'Apôtre. Vous avez entendu ce qu'il dit : « Purifiez-vous du vieux levain. » Ce levain, nous l'avons dit, c'est le péché.


Purification et double résurrection

Mais comment devons-nous nous purifier de ce levain ? Notre Seigneur nous l'a enseigné. De la même manière dont il a écarté le levain qu'il avait assumé à cause de nous, nous avons à quitter le levain qui nous corrompt. C'est par les outrages, les affronts, les coups de fouet, la croix et la mort qu'il est parvenu à la résurrection. Dans la résurrection, il a quitté le levain, et désormais il nous offre sa chair pure, immortelle. Pensez-vous, frères, que nous puissions aller vers la résurrection par un autre chemin que le sien ? Il se trompe celui qui le penserait. Mais vous me demandez de quelle résurrection il s'agit. Nous lisons dans l'Écriture qu'il y a deux résurrections. C'est ce qui fait dire à Jean dans l'Apocalypse : « Heureux qui a part à la première résurrection. » La première résurrection est celle des âmes, la seconde celle des corps. Notre Seigneur opère l'une et l'autre en nous, par sa propre et unique résurrection. Lui n'a pas pu ressusciter en son âme puisqu'il n'a pas connu la mort en son âme. Il est ressuscité en son corps, car il est mort en son corps. Mais nous qui expérimentons la mort en notre corps et en notre âme, nous avons à ressusciter en l'un et l'autre, d'abord en notre âme et ensuite en notre corps. En sa résurrection corporelle, notre Seigneur a quitté le levain de mortalité ; nous, par la résurrection de l'âme, nous quittons le levain d'iniquité. Si c'est par les épreuves de la vie qu'il est parvenu à la résurrection de la chair, combien plus devons-nous parvenir à la résurrection de l'âme par les épreuves de cette vie afin de pouvoir, par cette résurrection de l'âme, quitter le levain de péché pour être une pâte nouvelle, comme le dit l'Apôtre.


Le sang purificateur

La pâte ancienne, c'était le péché en lequel nous avons tous été plongés et ensemencés. La pâte nouvelle, c'est le sang de notre Seigneur Jésus-Christ dont nous sommes aspergés et par lequel nous sommes purifiés du mauvais levain. C'est comme de la farine : quand on y ajoute de l'eau, elle s'unit à elle pour former comme un amalgame. Il en va de même pour nous : quand nous avons été plongés dans le baptême, nous sommes devenus comme un seul amalgame avec le Christ, comme dit l'Apôtre : « À plusieurs nous ne formons qu'un seul pain, un seul corps » dans le Christ. Mais par notre négligence, nous nous sommes souillés après cette purification. Nous devons donc de nouveau nous enfuir vers le sang du Christ, c'est-à-dire imiter sa passion afin de pouvoir être participants de sa résurrection, ici-bas en notre âme et, au jour du jugement, en notre corps et en notre âme tout à la fois. Puisque cela ne peut se faire par nos propres moyens, implorons sa miséricorde afin qu'il daigne le réaliser lui-même en nous, lui Jésus-Christ notre Seigneur qui vit et règne avec le Père et l'Esprit Saint pour les siècles des siècles. Amen.

Cf. Aelred de Rievaulx, Sermon 12, « Pour le saint jour de Pâques », § 15-31, Sermons. Première collection de Clairvaux (Pain de Cîteaux, série 3, 11), Abbaye Notre-Dame du Lac, 1997, p. 186-192.