Page d'accueilActualitésRègle de saint BenoîtA l'école de BenoîtA l'école de BernardA l'école d'AelredA l'école de GuerricA l'école de GuillaumeA l'école de Thomas MertonLiens cisterciensBibliographieLiensPlan du site

A l'école d'Aelred:

Biographie

Oeuvres

Je l'ai saisi

Dans la chambre haute

A la suite d'Elie

Passion Résurrection

Sermon pour Pâques

La croix du Christ

Marthe et Marie

Marie, notre mère

Le jeûne du carême

La prière n'est pas facile

Méditer la vie de Jésus

Méditer la passion de Jésus

Contemplation

Amour de Dieu

Les sommets de la charité

Pour nous

La prière d'un pasteur

L'homme heureux

La perte du bonheur

Voici Jésus-Christ

La charité tempère

L'opinion selon laquelle

Suivre le Christ

Général:

Page d'accueil

PASSION RESURRECTION

Tel était le Christ que désirait Isaïe. Il voyait que tout ce mépris dont il était l’objet était le salut du genre humain et la gloire du Christ lui-même. L'Apôtre montre clairement qu’il en est bien ainsi. Il voyait le mépris quand il dit : “Il s'humilia lui-même se faisant obéissant jusqu'à la mort, et la mort de la croix.” Écoutez ce qui suit : “À cause de cela, Dieu l'a exalté.” C’est ce que Saint David avait prophétisé : “En chemin il boira au torrent, c'est pourquoi il relèvera la tête.” Il a bu au torrent, lui qui a goûté les amertumes de cette vie ; ce ne fut qu’en chemin, c'est-à-dire en passant. Ses souffrances ont rapidement pris fin, sa mort a vite changé de sens. C'est pourquoi il a relevé la tête. C'est parce qu'il est mort qu'il est ressuscité ; et c'est parce qu'il est ressuscité qu'il a été glorifié.

Quelle douceur votre cœur n'a-t-il pas puisée quand par votre œil intérieur, vous avez vu le Seigneur portant lui-même sa croix ? Qui pourrait rendre compte de cette humilité, de cette mansuétude, de cette patience ? Comme une brebis, il a été conduit à la mort ; comme l'agneau devant les tondeurs, il s'est tu, il n'a pas ouvert la bouche. Comme il est doux de contempler les plaies du Christ comme si elles étaient récentes, d'être tout près de sa croix, de voir les larmes de sa mère, d'entendre cette parole si douce : “Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu'ils font.” Quelle espérance a pu naître en nous à propos de la rémission de nos péchés, quand nous l'avons entendu prier même pour ses ennemis ! Mais cette douceur n'était pas du lait, c'était du vin ! D'une part, elle comblait de douceur, d'autre part, elle mordait. Elle remplissait de douceur par l'affection et la dévotion qu'elle mettait en nous, mais en même temps elle mordait par une certaine tristesse et un sentiment de compassion. Ce n'est pas sans une douce tristesse que vous avez vu ses mains percées de clous si durs, ses pieds transpercés par le fer, son côté blessé par la lance ; et ce n'est pas sans compassion, une compassion pourtant remplie de douceur, que vous avez pu apercevoir les larmes de Notre-Dame.

Vous qui avez goûté à ce vin qui mord, c'est-à-dire au souvenir de la passion du Seigneur, désirez maintenant le lait, c'est-à-dire la suavité de sa résurrection. C'est bien du lait car elle n'est mêlée d'aucune tristesse. Les anges exultent, les saintes femmes se réjouissent de la bienheureuse vision, les apôtres s'en félicitent. L'alléluia est partout, la louange est partout, la joie est partout. N’est-ce pas une joie maintenant de voir manger et boire avec ses disciples Celui que l'on voyait pendu à la croix ? Quelle joie de baiser les plaies sur lesquelles on venait de pleurer et de compatir ! “Voici le jour qu'a fait le Seigneur : exultons, soyons dans la joie”. Ce jour, Abraham l'a vu en esprit, il l'a vu et a été ravi de joie”. C'est ce que dit le Seigneur dans l'Évangile : “Abraham votre père a exulté à la pensée de voir mon Jour ; il l'a vu et a été ravi de joie”. Comme l'expliquent les Pères saints, Abraham a vu le jour du Seigneur quand il offrit l'hospitalité aux trois anges, figure de la Sainte Trinité. Il les accueillit sous un arbre, dit l'Écriture, et les servit avec déférence, voyant en eux ce Jour dont nous parlons ; il l'a vu et a été ravi de joie”. Il tua pour eux le veau le meilleur et le plus tendre, et il leur apporta du pain cuit sous la cendre ainsi que du lait et du beurre. Frères, voyez le grand mystère. Tout cela paraît n'avoir que peu de saveur ; ce sont des choses obscures. Mais notre Seigneur Jésus-Christ y est comme dissimulé, il y repose caché.

Allons au tombeau avec les saintes femmes dont l'évangéliste nous parle. Aujourd'hui, allons au tombeau des Écritures, allons avec les aromates d'une tendre dévotion, cherchons-y notre Seigneur, cherchons avec foi, avec dévotion, avec amour. Car ce sont là les parfums que nous devons apporter au tombeau, si nous voulons trouver Jésus. Mais qui roulera pour nous la pierre à l'entrée du tombeau, c'est-à-dire l'enveloppe de ces Écritures, afin que nous puissions trouver ce que nous cherchons ? Que son Ange, c'est-à-dire sa grâce, soit présente !

Quel est ce bois ? C'est celui où fut suspendue la succulente grappe d'où a coulé avec abondance le vin qui réjouit aujourd'hui le monde entier. Songez à la grappe que les fils d'Israël ont rapportée sur une perche. Qu'est-ce que la grappe sur une perche sinon le Christ sur la croix ? Aujourd'hui, mes frères, le monde entier se nourrit du vin qui a coulé de cette perche. Quel chrétien ne boit pas aujourd'hui le sang du Christ ?



Aelred de Rievaulx, Sermon 11, « Pour le saint jour de Pâques », § 21-29, dans : Sermons. Première collection de Clairvaux (Pain de Cîteaux, série 3, 11), Abbaye Notre-Dame du Lac, 1997, p. 174-177.