Page d'accueilActualitésRègle de saint BenoîtA l'école de BenoîtA l'école de BernardA l'école d'AelredA l'école de GuerricA l'école de GuillaumeA l'école de Thomas MertonLiens cisterciensBibliographieLiensPlan du site

A l'école d'Aelred:

Biographie

Oeuvres

Je l'ai saisi

Dans la chambre haute

A la suite d'Elie

Passion Résurrection

Sermon pour Pâques

La croix du Christ

Marthe et Marie

Marie, notre mère

Le jeûne du carême

La prière n'est pas facile

Méditer la vie de Jésus

Méditer la passion de Jésus

Contemplation

Amour de Dieu

Les sommets de la charité

Pour nous

La prière d'un pasteur

L'homme heureux

La perte du bonheur

Voici Jésus-Christ

La charité tempère

L'opinion selon laquelle

Suivre le Christ

Général:

Page d'accueil

Dans le passage de l’Evangile qui présente les deux soeurs, Marthe et Marie, celle-là symbolise l'activité par laquelle l'être humain travaille pour le Christ; et celle-ci le repos où il se libère des œuvres extérieures et se complaît dans la douceur de Dieu, soit par la lecture, soit par l'oraison, soit par la contemplation. En cette vie de misère et de labeur, il est nécessaire que les deux soeurs soient dans notre maison, c'est-à-dire que notre âme s'applique aux activités corporelles, mais que parfois elle se rende libre pour considérer combien le Seigneur est bon et doux, s’asseoir aux pieds de Jésus et écouter sa parole.

Voyez-vous frères : si, au moment où nous devons vaquer à la lecture et à l'oraison, il nous vient à l'idée d'aller à tel ou tel travail comme s'il était indispensable, d'une certaine manière c'est Marthe qui appelle Marie pour l'aider. Mais le Seigneur est un bon et juste juge. Il ne commande pas à Marthe de s'asseoir avec Marie, ni à celle-ci de se lever et de servir avec Marthe. La part de Marie est certes meilleure, plus douce et plus savoureuse; il ne veut pourtant pas que la tâche de Marthe soit délaissée à cause d'elle. La part de Marthe est plus laborieuse ; il ne veut pourtant pas que le repos de Marie en soit perlturbé. Il désire donc que l'une et l'autre assument leur part.

Celui qui comprend cela dans le sens que certains en cette vie ne devraient suivre que la part de Marthe tandis que d'autres devraient seulement s'appliquer à celle de Marie se trompe certainement et ne comprend pas. Ces femmes sont toutes deux dans une seule maison, toutes deux chères et agréables au Seigneur, toutes deux aimées de lui, comme le dit l'évangile : “Jésus aimait Marie et Marthe et Lazare”.

Puis donc que chacun de nous doit s'acquitter tout à la fois de ces deux activités, il est évident qu’à certains moments, nous devons faire ce qui revient à Marthe, et à d'autres ce qui revient à Marie, à moins que ne s'y oppose la nécessité qui n'a pas de loi. Voilà pourquoi nous devons soigneusement garder ces temps que le SaintEsprit a fixés d'avance pour nous. Au temps de la lecture, demeurons en place et tranquilles, ne nous abandonnons pas à la paresse ou à la nonchalance, ne nous séparons pas des pieds de Jésus, mais soyons assis là et écoutons sa parole. Au temps du travail, par contre, soyons actifs et empressés ; n'omettons en aucune manière, sous prétexte de tranquillité, le service de la charité.

Ne confondons jamais ces deux réalités à moins que l'obéissance ne nous contraigne à quitter les pieds de Jésus. De fait, nous ne devons absolument rien faire passer avant l'obéissance : ni tranquillité, ni travail, ni action, ni contemplation. Assurément, s'asseoir aux pieds de Jésus était doux pour Marie; toutefois, si le Seigneur le lui avait ordonné, elle se serait levée sans aucune hésitation et l'aurait servi avec sa soeur.

Il faut encore réfléchir à ce qu'a dit le Seigneur : “Marie a choisi la meilleure part, elle ne lui sera pas enlevée". Par ces paroles le Seigneur nous a donné un bien grand réconfort : la part de Marthe nous sera enlevée, mais non celle de Marie. Qui n'éprouverait du dégoût pour les peines et les misères actuelles si elles devaient être à jamais notre lot? Voilà pourquoi le Seigneur nous réconforte. Agissons donc vaillamment, supportons avec courage ces peines et ces misères jusqu'au bout, puisque nous savons qu'elles auront une fin. Mais la part de Marie ne nous sera pas enlevée, bien plutôt elle sera augmentée. Ce que nous commençons à goûter ici-bas par d'infimes gouttelettes, nous le boirons après cette vie jusqu'à l'enivrement spirituel, comme dit le prophète: Ils s'enivreront de la graisse de ta maison, au torrent de tes délices tu les abreuveras". Ne nous laissons donc pas vaincre par ces travaux puisqu'ils nous seront ôtés. Désirons avidement la saveur de la douceur divine. Certes, elle en est ici-bas à ses débuts, mais, après cette vie, elle atteindra en nous sa perfection et demeurera en nous pour toujours.

Sermon 19 : pour l’Assomption, 19 à 30 extraits dans Aelred de Rievaulx, Sermons pour l’année,
Première collection de Clairvaux, tome 2. Sermons 15 à 28 (Pain de Cîteaux, 12)
Abbaye Notre Dame du Lac,1999, p. 56-61