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En créant le monde, Dieu ne se contenta pas de donner à la créature humaine comme aux autres créatures, d'être bonne, belle et ordonnée, mais il lui donna en plus, le pouvoir d'être heureuse. Cependant il en va du bonheur comme du reste : aucune créature ne se donne l'être ; elle le reçoit de l'être suprême ; elle n'est bonne et belle qu'à cause de celui qui est la bonté et la beauté suprêmes, beauté et bonté des choses belles et bonnes, cause de tout être. De même, la créature ne peut se donner le bonheur, elle le reçoit de celui qui, suprêmement heureux, fait le bonheur de tous les heureux. Seule est capable de ce bonheur, la créature raisonnable. Créée à l'image de son créateur, elle est capable d'adhérer à celui dont elle est l'image. C'est son bien. « C'est un bien pour moi d'adhérer à Dieu », dit David (Ps. 72). Cette adhésion n'est pas physique évidemment, mais de l'ordre de l'esprit.

Le créateur des êtres a doté l'esprit de l'homme de trois facultés qui le rendent capable, l'une, de l'éternité : la mémoire ; la seconde, de participer à la sagesse : la connaissance ; et la troisième, de goûter Dieu : l'amour ou la volonté. La mémoire contient l'éternel, la connaissance saisit la sagesse, et l'amour connaît le bonheur. L'homme fut donc formé à l'image de Dieu, selon ces trois facultés. Sa mémoire retenait Dieu sans danger de jamais l'oublier ; il le connaissait sans erreur possible ; et il le saisissait par l'amour sans qu'aucune autre chose ne l'en détourne. D'un mot, l'homme était heureux.

Le Miroir de la Charité - Chapitre III, extraits