Page d'accueilActualitésRègle de saint BenotA l'école de BenotA l'école de BernardA l'école d'AelredA l'école de GuerricA l'école de GuillaumeA l'école de Thomas MertonLiens cisterciensBibliographieLiensPlan du site

A l'école d'Aelred:

Biographie

Oeuvres

Je l'ai saisi

Dans la chambre haute

A la suite d'Elie

Passion Résurrection

Sermon pour Pâques

La croix du Christ

Marthe et Marie

Marie, notre mère

Le jene du carême

La prière n'est pas facile

Méditer la vie de Jésus

Méditer la passion de Jésus

Contemplation

Amour de Dieu

Les sommets de la charité

Pour nous

La prière d'un pasteur

L'homme heureux

La perte du bonheur

Voici Jésus-Christ

La charité tempère

L'opinion selon laquelle

Suivre le Christ

Gnral:

Page d'accueil

Parlons du jeûne qui, en ce temps, nous est rappelé avec plus de solennité et d’insistance. De fait, il y a le jeûne du corps, le jeûne des sens, le jeûne des actions et le jeûne de l’esprit. Il y a jeûne du corps quand l’estomac est soumis à des restrictions sur la nourriture corporelle. Il y a jeûne des sens lorsqu’il est retiré à nos sens le plaisir auxquel ils étaient accoutumés. Il y a jeûne des actions, lorsque le mors du repos est imposé à notre bougeotte et à nos occupations multiples. Enfin il y a jeûne de l’esprit lorsque nous délivrons notre cœur des pensées vagabondes et nuisibles.

Quoi donc, le goût se délecterait de nourriture, et il n’y aurait rien pour procurer du plaisir à l’œil ou à l’oreille ? Bien au contraire, parfois même un regard de curiosité ou de convoitise, une parole inutile ou nuisible, procurent à l’œil ou à l’oreille un plaisir bien plus misérable que n’en procure au goût une nourriture savoureuse et bien assaisonnée ! Il en est beaucoup en effet, qui ne trouvent pas moins de plaisir à des conversations inutiles ou à des occupations extérieures qu’à manger une nourriture agréable. Et l’esprit lui-même comme il se repaît agréablement d’une pensée vaine ou défendue, comme il savoure avec délices les investigations sur la vie du prochain ! Comme il s’engraisse de ses propres louanges et de la critique d’autrui ! Je laisse à votre expérience d’en juger ! C’est pourquoi nous est imposé le jeûne universel de tous les plaisirs nuisibles, comme vous venez de l’entendre dans la lecture de la Règle de saint Benoît : ‘’ Qu’il retranche à son corps sur la nourriture et la boisson, sur le sommeil, le bavardage, la plaisanterie’’. C’est pourquoi frères bien aimés, ne nous contentons pas du jeûne des juifs qui fut repoussé par le Seigneur, car c’était un jeûne du ventre et non de l’esprit, le prophète lui demandant :’’ Pourquoi avons-nous jeûné et ne l’as-tu pas vu ? Pourquoi avons-nous humilié nos âmes et l’as-tu ignoré ? ‘’ Aussitôt la parole du Seigneur lui répond et dénonce la raison pour laquelle il a rejeté le jeûne : ‘’ C’est qu’en ces jours de jeûne l’on trouve votre volonté propre’’. Cette sentence me terrifie, je l’avoue elle fait frémir tous mes os ! Dieu ne regarde pas le jeûne de celui qui fait sa volonté propre ! Qui ne tremblerait ? Et c’est bien vrai, frères, aucun jeûne n’est plus agréable à Dieu que le jeûne de sa volonté propre. Car aucune nourriture n’est si douce au cœur, aussi délicieuse, aucune ne donne vigueur et joie à l’âme que l’attachement à la volonté propre. Quels labeurs n’embrassera pas volontiers la volonté propre ? Du moment qu’il s’agit d’elle c’est à peine si l’on sent la faim de l’estomac, la fatigue du travail manuel, l’austérité qui vient du nécessaire. Il est actif à tout labeur, prompt à tout effort, léger et allègre en tout, celui qu’engraisse la nourriture de la volonté propre ! Assurément c’est une douce nourriture, mais une nourriture empoisonnée ! Quoi de plus néfaste qu’elle ? ‘’ Pourquoi avons-nous jeûné et ne l’as-tu pas vu ?’’ ‘’ C’est répond le Seigneur, qu’en ces jours de votre jeûne, j’ai trouvé de la volonté propre.’’ Oui, quoi de plus néfaste que ce qui détourne de nous les regards de tendresse de Dieu et fait ignorer ce que nous faisons à celui qui sait tout !

Si ce que je dis là est ma pensée personnelle, qu’on la dédaigne, qu’on s’en moque, qu’on la rejette ! Mais si c’est la pensée du Seigneur, exprimée non pas en énigme, mais en langage clair, qu’on l’écoute, qu’on en pénètre le sens, qu’on y prenne garde !

Sermon inédit sur le Carême