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Allons ! montons dans cette chambre haute bien garnie où le Seigneur Jésus a mangé la Pâque avec ses disciples et où, après l’Ascension du Seigneur, les Apôtres s’adonnent à la prière et attendent ce que le Père a promis. Là, « le jour de la Pentecôte étant arrivé et les disciples réunis tous ensemble, vint du ciel tout à coup un bruit, comme celui d’un violent coup de vent qui remplit toute la maison où ils se trouvaient ». Voyez, frères, on peut dire beaucoup de choses à propos du nombre cinquante – qui est le sens du mot « Pentecôte » -, on peut faire de nombreuses réflexions à propos de ce nombre, étant donné que la loi divine le présente comme rempli d’innombrables mystères. Pourtant, ce qui est surtout mis en évidence en lui, c’est une certaine libération, un repos qui caractérise le sublime état où l’âme se rend libre et voit combien le Seigneur est doux, trouvant le repos promis par cette parole de l’Évangile : « Et vous trouverez le repos pour vos âmes. »

Or, qu’est-ce qui procure le repos sinon la charité ? Elle est ce joug suave et ce fardeau léger que le Christ nous invite à prendre, fardeau sous lequel on ne peine pas, mais où l’on trouve le repos, la paix, la tranquillité, le sabbat. Jusqu’à ce qu’on y arrive, les fournaises embrasées de Babylone lancent les traits enflammés de la convoitise. Jusqu’à ce qu’on y arrive, elles répandent leurs flammes, incendiant et brûlant ceux qui se tiennent en dessous de ce nombre : « La flamme, est-il dit, s’éleva de quarante-neuf coudées au-dessus de la fournaise et elle incendia ceux qu’elle trouva près de la fournaise. » Voyez : la flamme destructrice n’a pu parvenir jusqu’à la cinquantième coudée ! De fait, partout où l’âme se trouve en dessous de la charité, elle est exposée aux flammes, assujettie aux tentations et aux passions de Babylone. Il lui faut alors gémir, pleurer, combattre et ne pas cesser de craindre. Mais quand, transportée dans la très noble chambre haute de la charité, elle parvient à une continuelle tranquillité de l’esprit, comme lors d’une année jubilaire, la crainte est chassée, la peine se change en repos, la douleur en joie ; elle devient certaine que ni la mort ni la vie, ni les anges ni les archanges, ne la sépareront de l’amour de Dieu. Là, elle goûte « comme il est bon, comme il est doux pour des frères d’habiter ensemble ». Là, nous devenons vraiment les disciples du Christ nous tenant ensemble dans un même lieu. De fait, là où il y a division, dissension, disputes et contestations, convoitises et ambitions, il ne peut assurément pas y avoir de même lieu pour l’âme. Mais quelle est la raison de tout cela si ce n’est que tout à coup un bruit vint du ciel ?

Voyez, frères, la charité de Dieu a été répandue dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné. Certes, le Saint-Esprit a été donné au Jourdain, mais c’est alors dans le gémissement, les larmes, la componction, la crainte, le renoncement au monde ; il a été donné pour que nous rejetions ce qui nous est propre et embrassions la vie commune. Il a été également donné sur la montagne à ceux qui, à ce stade, sont lassés et épuisés par de nombreuses tentations, afin qu’ils soient consolés et rafraîchis, en sorte que leur chair soit revêtue de la blancheur de la chasteté, que leur esprit soit éclairé par le discernement. À ces étapes, en vérité, l’Esprit n’est donné que partiellement, pour ainsi dire. Dans la chambre haute, par contre, en un même lieu c’est la plénitude même de l’Esprit que l’on reçoit. Avant, l’Esprit n’avait pas été donné parce que Jésus n’avait pas encore été glorifié. Au premier niveau, on découvre le Seigneur Jésus humble et bienveillant ; au second, bienfaisant ; au troisième, glorieux : il est bienveillant pour celui qui fait pénitence, bienfaisant pour celui qui progresse, glorieux pour celui qui se trouve au sommet de la perfection. À ce dernier niveau donc, l’Esprit est donné avec une telle plénitude que, par comparaison, on dit qu’aux autres niveaux il n’est ni donné ni possédé. De fait, avant, l’Esprit n’avait pas été donné parce que Jésus n’avait pas encore été glorifié. Or, il y a trois éléments qui signalent la bienheureuse irruption de l’Esprit : un bruit, un feu, des langues. Ainsi bienheureusement donné, il retentit, il brûle, il parle. Il retentit pour effrayer, il brûle pour enflammer, il parle pour instruire. Le céleste chant du Cantique des cantiques dépeint l’âme dotée d’une telle perfection : « Quelle est celle qui se lève comme l’aurore, belle comme la lune, resplendissante comme le soleil, terrible comme une armée rangée en bataille ? »

Mais le temps passe et notre sermon s’est par trop prolongé. Mieux vaut le conclure par une prière. Que cet Esprit Saint et tout-puissant nous aide, nous t’en prions, Seigneur. Que sa force nous assiste dans les adversités, sa lumière dans le doute, sa modération dans la prospérité, sa consolation dans les épreuves, sa protection dans les tentations. Lui qui vit et règne avec Dieu le Père et son Fils unique notre Seigneur, Dieu pour les siècles des siècles. Amen.





Sermon pour la Pentecôte (extraits)Cf. Aelred de Rievaulx, Sermon 67 « Pour la Pentecôte », § 25-34,dans Aelred de Rievaulx, Sermons pour l’année, 5. Sermons 65 à 84. Collection de Durham (2e partie), (Pain de Cîteaux, série 3, 24), Abbaye Notre-Dame du Lac 2005, p. 37-39.